Le Grand Prix Cinéma ELLE 2014 côté jury (et mes 7 critiques de films)

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Début juin, en feuilletant le magazine ELLE, je tombe sur un appel à candidatures pour constituer le jury du Grand Prix Cinéma ELLE 2014. Encore toute émerveillée par mon expérience cannoise, je me plonge dans la rédaction « du film qui vous a le plus marquée cette année ». Je choisis d’écrire une critique du film Her de Spike Jonze qui m’avait beaucoup plu et inspirée à sa sortie en avril.

Quelques jours après, le vendredi 13 juin exactement, un e-mail m’informe que je fais partie des 120 lectrices sélectionnées pour l’évènement qui se déroule les 4, 5 et 6 juillet. Pour la première fois, je vais passer du statut de simple spectatrice à membre du jury, j’en trépigne d’impatience ! Aucune information sur les films ne nous a été communiquée avant l’évènement mis à part le fait que tous avaient une date de sortie prévue entre septembre et décembre, de vraies avant-premières donc.

Nous avions rendez-vous au Pathé Beaugrenelle, cinéma flambant neuf inauguré en novembre dernier. Les journalistes du ELLE nous ont accueillies en nous remettant notre kit de jurée dont le « notebook » dans lequel nous pouvions enfin découvrir les 7 films sélectionnés : 5 films français, un américain et un québécois. Parmi eux, 4 étaient en compétition à Cannes en mai dernier.

Le programme du week-end : 2 films le vendredi soir, 3 films le samedi suivis d’un débat puis 2 films le dimanche suivis d’un débat et de la remise de nos notes à l’équipe organisatrice.

Avant chaque projection, le dossier de presse du film nous était remis.

Voici les films projetés par ordre chronologique

 

Bande de filles de Céline Sciamma, sortie le 22 octobre

 

bande_de_filles_sciamma© Pyramide Distribution

 

Le film avait fait un petit buzz à Cannes, lors de sa projection en ouverture de la Quinzaine de Réalisateurs. J’avais beaucoup aimé Tomboy, le film précédent de la réalisatrice sorti en 2011, c’est pourquoi j’étais impatiente de découvrir celui-ci, son troisième. Les 4 actrices principales du film sont venues dire quelques mots avant la projection.

Marieme, 16 ans, jeune fille sage et réservée, vit dans une tour en banlieue parisienne. Sous le joug de son grand frère parfois violent, elle s’occupe de ses deux petites sœurs lors des absences fréquentes de sa mère. Son quotidien s’éclaire quand elle intègre la bande de filles du quartier avec qui elle fait les 400 coups. Elle s’émancipe, se fait appeler Vic et devient bientôt la chef de bande. Toutes les quatre tentent de s’imposer dans un univers machiste et n’ont pas peur de se battre comme des garçons. Mais Marieme finit par se tenir à l’écart car elle s’inquiète de son avenir. Elle ne voit pas d’issue à la hauteur de ses rêves et veut échapper à ce qui lui est prédestiné, une vie docile de femme au foyer et un emploi peu valorisant. « Je ne veux pas de cette vie de fille bien » répond-elle à son petit ami qui souhaite s’engager avec elle.

Comment s’affirmer en tant que femme dans une banlieue où les interdits pour le sexe faible sont nombreux ? Comment faire les bons choix pour son avenir quand on sort de l’adolescence et qu’on n’a peu de moyens à sa disposition ? Ce sont les questions que pose Céline Sciamma dans Bande de filles en filmant de manière très esthétique la banlieue et ses jeunes habitants. Si la première partie du film, qui suit de près les péripéties des quatre jeunes filles, est très rythmée, la seconde est plus chaotique. Tout comme l’héroïne qui ne sait pas quels choix de vie faire, le spectateur se sent perdu et ne sait plus où le film va, ni quand il va s’achever. Malgré ce sentiment étrange, on ne peut que succomber au charme de Marieme et de cette flamboyante bande de filles.

 

Une Nouvelle Amie de François Ozon, sortie le 5 novembre

 

une_nouvelle_amie_francois_ozon© Mars Distribution

Je n’avais absolument rien entendu sur ce film et pour cause, nous étions les toutes premières à le découvrir, avant la presse. Nous avons beaucoup ri et avons été charmées par le film qui clôturait parfaitement notre première journée.

Je garderai secret le sujet car nous avons été invitées à rester discrètes pour ne pas gâcher l’effet de surprise. Le synopsis issu du dossier de presse vous donnera une petite idée de l’histoire mais si peu… « A la suite du décès de sa meilleure amie, Claire fait une profonde dépression, mais une découverte surprenante au sujet du mari de son amie va lui redonner goût à la vie ». La seule chose que je peux vous dire c’est que Romain Duris est métamorphosé dans le film et qu’il incarne son personnage à la perfection. Il joue aux côtés d’Anaïs Demoustier avec laquelle ils forment un duo brillant, drôle et touchant.

Une nouvelle amie est très différent du précédent long-métrage de François Ozon, Jeune et Jolie, qui évoquait la prostitution étudiante, mais les deux films ont en commun de soulever un sujet tabou, dérangeant. L’univers et l’esthétique d’Une nouvelle amie sont plus proches de celui du film Potiche avec Catherine Deneuve, sorti en 2010.

 

Whiplash de Damien Chazelle, sortie le 24 décembre

 

whiplash_damien_chazelle

 

Réveil musical explosif avec ce premier film de la matinée. Également présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, le premier film du jeune réalisateur américain est une petite pépite qui a généré une vague d’enthousiasme auprès des lectrices. Après avoir remporté Le Grand Prix du Jury au festival de Sundance, Whiplash pourrait bien être le gagnant du Grand Prix Cinéma ELLE 2014.

Andrew, 19 ans, est batteur de jazz au conservatoire de Manhattan. Ambitieux, il rêve de devenir l’un des plus grands et doit pour cela intégrer l’orchestre du prestigieux professeur Fletcher. Son talent et sa détermination lui permettent d’y parvenir mais il n’est pas au bout de ses peines. Le plus dur reste à venir, supporter le caractère tyrannique de Fletcher et travailler sans relâche au prix de toute vie sociale.

Le film montre le rapport de force entre l’élève et son professeur. L’élève, docile au départ n’a d’autre choix que de se rebeller pour s’affirmer, voire survivre. Mais le génie naît-il nécessairement de la souffrance ? Doit-on pousser ses limites au maximum pour tirer le meilleur de soi ? L’apprentissage par la terreur permet-il vraiment à l’élève de progresser et de se révéler ? Ce sont autant de questions passionnantes soulevées pas le film.

Whiplash, baigné de musique jazz, est très rythmé, drôle parfois, et comporte du suspens. Les deux acteurs principaux sont excellents, le duo fonctionne à merveille. J’ai adoré ce film, ce fut un véritable coup de cœur et je ne manquerai pas de vous en reparler lors de sa sortie à la fin de l’année.

 

Les Héritiers de Marie-Castille Mention-Schaar, sortie le 1er octobre

 

les_heritiers_mention_schaar© Guy Ferrandis

Le film est tiré d’une histoire vraie, celle du jeune Ahmed Dramé qui a soumis son scénario à la réalisatrice. Il joue Malik dans le film. En seconde au lycée Léon Blum de Créteil, la classe de Malik participe, sous l’initiative de leur professeur d’histoire, au Concours National de la Résistance et de la Déportation organisé par le ministère de l’éducation nationale. Au départ peu motivés, par le concours et pas les cours d’histoire de manière générale, les élèves s’y intéressent peu à peu à mesure qu’ils découvrent l’histoire des enfants juifs déportés. Leur professeur qui croit en leur chance de gagner parvient à les motiver à fournir un travail complet. La fin est celle que l’on devine dès le départ, la classe remporte le concours.

Le volet historique est assez présent dans le film, notamment grâce au témoignage de Léon Zyguel, déporté à Auschwitz à l’adolescence. J’ai beaucoup aimé l’actrice Ariane Ascaride en professeur et son interaction avec la classe mais le film m’a semblé un peu long. Trop de bons sentiments pour un résultat un peu lisse.

 

Mommy de Xavier Dolan, sortie le 8 octobre

Je me doutais qu’il y aurait un doublon avec les films vus à Cannes. Par chance, c’est tombé sur le film que j’avais le plus aimé et que j’ai revu avec plaisir. J’ai pu en apprécier chaque détail. L’émotion ressentie, la claque n’a pas été aussi forte que la première fois mais il reste mon film préféré de la sélection ELLE. Vous pouvez relire mon avis sur le film dans mon article sur le festival de Cannes et découvrir ci-dessous la bande-annonce.

 

 

Mommy clôturait notre deuxième journée. Après le film avait lieu notre premier débat entre lectrices. Celles qui le souhaitaient prenaient la parole pour donner leurs impressions sur les 5 films déjà projetés: pluie d’éloges pour Whiplash et avis partagés sur les autres films.

 

Elle l’adore de Jeanne Herry, sortie le 24 septembre

 

elle_l_adore_jeanne_herry© StudioCanal

 

Elle l’adore est une sorte de comédie policière où Laurent Lafitte joue Vincent Lacroix, un chanteur à minettes et Sandrine Kiberlain, Muriel, une de ses plus grandes fans. Un drame inattendu va pousser Vincent Lacroix à demander de l’aide à Muriel, qu’il ne connaît quasiment pas mais dont il reçoit régulièrement des lettres d’admiration. Muriel accepte sans condition de sortir son idole de cette situation grave. Un lourd secret les unit désormais mais les choses ne se passent pas comme Vincent Lacroix les avaient prévues.

C’est un film léger, divertissant plutôt drôle et bien écrit.  Ce n’est pas un film que j’aurais été voir spontanément mais on passe un bon moment et rien que pour le jeu de Sandrine Kiberlain, cela vaut le détour. Elle incarne à la perfection cette groupie qui sacrifierait tout pour son idole, sans trop en faire et étant par moment très drôle.

Avec beaucoup de naturel et de gentillesse, Sandrine Kiberlain est venue répondre à nos questions après la séance.

 

Saint Laurent de Bertrand Bonello, sortie le 24 septembre

saint_laurent_bertrand_bonello© 2014 Mandarin Cinéma – Europacorp – Orange Studio – Arte France Cinéma – Scope Pictures / Carole Bethuel

 

En compétition officielle à Cannes, Saint Laurent est le nouveau film de Bertrand Bonello après le beau et sulfureux L’Apollonide sorti en 2011. C’est le deuxième film consacré à Yves Saint-Laurent qui sort cette année. Celui de Jalil Lespert retraçait la vie entière du couturier, Bertrand Bonello ne s’intéresse qu’à la période 1967 – 1976, lorsque le couturier est à l’apogée de son art et de son succès.

Malgré quelques longueurs à la fin, j’ai aimé le film et son univers. Je trouve Gaspard Ulliel juste et bouleversant en Yves Saint-Laurent. Il est difficile de départager son interprétation de celle de Pierre Niney car tous deux sont excellents. En revanche, le film de Bertrand Bonello a beaucoup plus capté mon intérêt que celui de Jalil Lespert. J’ai adoré cette plongée dans le Paris des années 70, son esthétique, sa musique… Louis Garrel est parfait en Jacques de Bascher, le dandy séducteur et amant de Saint Laurent.

Après le film, avait lieu notre deuxième et dernier débat sur les films sélectionnés. A ma grande surprise, beaucoup de lectrices n’ont pas aimé le film de Bertrand Bonello le trouvant trop long, trop trash, inintéressant… Je ne le trouve pas particulièrement trash, pas plus que celui de Jalil Lespert. Je pense qu’il est impossible de réaliser un film sur Yves Saint-Laurent en éludant sa vie personnelle « débridée », ses amants, ses heures sombres… Un film qui ne montrerait que son travail de couturier relèverait d’un documentaire.

Saint-Laurent ne sera donc pas le gagnant de ce prix. Mommy n’a pas eu que des éloges, contrairement à ce que je prévoyais et à ce qui s’était passé à Cannes. Un seul film a quasiment fait l’unanimité parmi les lectrices, Whiplash. Même si j’aimerais que Mommy l’emporte, je ne serai pas déçue que ce soit Whiplash car c’est un excellent film aussi. Nous avons chacune remis nos notes à la fin de la troisième journée. Le gagnant sera révélé le 16 septembre au cours d’une soirée où les lectrices seront de nouveau réunies.

Pour conclure, j’ai adoré ce week-end 100% cinéma en compagnie des lectrices, journalistes, réalisateurs et acteurs. La sélection de films était très bonne, aucun film ne m’a déplu. Partager avec les lectrices après chaque projection et au cours des débats était très enrichissant. Je remercie le magazine ELLE pour cette super organisation et pour m’avoir permis de vivre cette belle expérience.


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