Massive Attack, de 1998 à 2016 au Zénith de Paris

massive_attack_parisGrant Marshall aka Daddy G et Robert Del Naja aka 3D

 

Après les dinosaures anglais de New Order, autres monuments du paysage musical britannique dont j’aimerais vous parler, Massive Attack. Alors que leur premier album Blue Lines fête ses 25 ans cette année, le groupe fait de nouveau parler de lui en ce début d’année avec la sortie d’un EP et une tournée. Quand Massive Attack a annoncé deux concerts au Zénith de Paris il y a quelques mois, je n’ai pas hésité longtemps avant d’acheter des places. Est-ce bien raisonnable alors que je les ai déjà vus deux fois ? Mais c’était il y a longtemps et ça fera plaisir à ma sœur de m’accompagner, elle ne les a vus qu’une fois, en 2003, ce sera un clin d’œil à notre adolescence…

 

Un peu d’histoire, de 1998 à 2003…

Ma sœur avait 16 ans et moi 18. Étudiante à Tours, j’avais profité des vacances scolaires de Pâques pour enfin découvrir le festival qui me faisait envie depuis longtemps, LE gros festival de musique de ma région, le Printemps de Bourges. Je me souviens qu’une poignée de programmes du festival était à disposition dans le hall de la cité universitaire où je logeais. En feuilletant le petit dépliant, j’ai immédiatement fait mon choix, j’irai voir Massive Attack, qui sortait alors son 4ème album, 100th Window.

Je dois ma passion pour la musique à des artistes comme Massive Attack, groupe qui je pense a provoqué ma première vraie émotion musicale. Je ne les ai pas découverts à leurs débuts, (j’étais trop jeune et j’écoutais plutôt Two Unlimited et Ace of Base au début des années 90!), mais un peu plus tard, en 1998, à peu près en même temps que Björk et Daft Punk ayant eux-aussi fortement contribué à ma mélomanie, (le rock est venu juste après). Je me souviens parfaitement que c’est grâce à la pub TV Emporio Armani que j’ai entendu ma première chanson de Massive Attack, la superbe Angel. On n’en entendait pourtant que 30 secondes (voir la pub ci-dessous, vous vous souvenez?) mais j’ai immédiatement été fascinée par ce titre, très différent de tout ce que j’avais écouté auparavant. Je ne suis pas sûre d’avoir tout de suite su qui la chantait car les moyens à disposition à l’époque étaient très limités. A 14 ans, dans ma bourgade paumée, je n’avais évidemment pas accès à Internet. J’ai dû découvrir qui était Massive Attack au lycée et c’est à cette époque que j’ai commencé à écouter et adorer les trois albums du groupe.

 

 

Mardi 22 avril 2003, début d’après-midi, mes amis du lycée Antoine et Chloé nous attendent ma sœur et moi à la gare de Bourges. C’est avec eux que j’écoutais Massive Attack au lycée. Antoine a participé à mon éveil musical en me faisant découvrir beaucoup d’artistes. Il habitait en face du lycée et on allait chez lui écouter de la musique quand on n’avait pas cours. Amnesiac de Radiohead venait de sortir et Antoine jouait Pyramid Song au piano, c’était beau.

Comme on voulait être bien placés pour le concert, on a commencé à faire la queue devant le Phénix, grand chapiteau dressé pour le festival, dès la fin d’après-midi. On entendait les répétitions qui faisaient monter notre excitation. Puis on s’est placés juste devant la scène, au premier rang, conditions idéales pour ce qui allait être mon premier vrai gros concert, lors de mon premier festival, début d’une très longue liste… Et je n’ai pas été déçue, j’ai pris ma première claque live. A l’heure où la scénographie des concerts était plutôt minimaliste, les Anglais avaient installé un écran faisant défiler de façon hypnotisante, à la Matrix, toutes sortes de données chiffrées sur l’état du monde et notamment la guerre en Irak à laquelle le groupe était fortement opposé. J’ai alors découvert une facette du groupe que je ne connaissais pas, leur engagement politique, leurs convictions pacifistes et écologistes.

J’ai retrouvé cette courte vidéo collector du JT régional du 23 avril 2003 évoquant le concert auquel j’ai assisté et cette review sur un blog.

 

Massive Attack de 2003 à 2010…

 

Plus de nouvelles ou presque du groupe jusqu’en 2010 et la sortie d’Heligoland que j’ai beaucoup aimé. Massive Attack fait partie de ces quelques artistes dont je me souviens exactement où j’étais et ce que je faisais à la sortie d’un album. En 2010, j’étais à Paris et j’étais allée voir le groupe au festival Rock en Seine. C’était une nouvelle fois grandiose.

Massive Attack est davantage un collectif à géométrie variable qu’un véritable groupe. Seul Robert Del Naja, membre fondateur du groupe, est présent à chaque album et concert. Sur scène en août 2010, le collectif était quasiment au complet avec Grant Marshall, Horace Andy, Tricky, Martina Topley-Bird… Scénographie similaire à 2003 mais un peu plus travaillée avec des écrans diffusant toujours des informations chiffrées mais aussi des logos de multinationales agro-alimentaires, industrielles… En filigrane, Massive Attack y dénonce les catastrophes écologiques, la surconsommation…

 

 

Massive Attack en 2016 et au Zénith de Paris

 

Début 2016, Massive Attack revient avec un nouvel EP, Ritual Spirit, et fait une tournée européenne d’une trentaine de dates en 6 semaines. Nous avons assisté au dernier concert de la tournée le samedi 27 février.

Si le premier extrait de l’EP, Take it There en collaboration avec Tricky, est dans la pure lignée des précédents albums de Massive Attack, le titre Voodoo In My Blood interprété avec le groupe anglais Young Fathers signe un renouveau dans le travail de Rober Del Naja. Ci-dessous l’hypnotisant et anxiogène clip avec Rosamund Pike, l’actrice du film Gone Girl.

 

 

Avant le concert, je me suis replongée dans la discographie du groupe. Je dois bien avouer que je n’avais pas écouté Massive Attack depuis un bon bout de temps. Réécouter Mezzanine, mon album préféré sorti en 1998, me fait prendre conscience à quel point Massive Attack est un groupe majeur de ces deux dernières décennies. Mezzanine n’a pas vieilli et je le redécouvre avec un immense plaisir, n’en ayant évidemment oublié aucune note. Plus de 15 ans après, je me reprends une claque et hallucine de la richesse et de la modernité de cet album pour l’époque.

Samedi dernier, 19h30, ma sœur et moi prenons place dans la fosse du Zénith au moment où Young Fathers, petits protégés de Massive Attack et dignes héritiers du Trip-Hop de leurs oncles entrent en scène. Leur énergie chauffe la salle remplie. Le groupe clôt une superbe première partie avec le titre Shame que j’adore et attendais. Je sais que le groupe reviendra sur scène un peu plus tard pour interpréter leurs chansons avec Massive Attack. Le nombre de micros et instruments installés sur scène annonce quelque chose de grand pour la suite. En effet, le collectif est quasiment au complet ce soir mis à part Tricky qui, selon la presse, serait en froid avec 3D. Par moment, ils sont plus de dix sur scène. Le concert commence par deux nouvelles chansons qui j’imagine figureront sur le nouvel album puis Grant Marshall entre en scène pour interpréter la mythique Risingson, le public exulte. Quel plaisir de retrouver le duo 3D, Daddy G, la voix nasillarde aux échos métalliques de l’un mêlée à la voix chaude et grave de l’autre.

Vu de la fosse, Robert Del Naja et Grant Marshall ne semblent avoir ni changé d’allure, ni pris une ride en 13 ans mais on les aperçoit à peine à travers les nombreux jeux de lumière. Les écrans hypnotiques et informatifs sont encore là, au nombre 9, toujours plus sophistiqués puisqu’ils s’inclinent parfois pour laisser passer de perçants lasers rouges et verts. Visuellement c’est assez impressionnant. A chaque concert, le groupe tient à se réinventer tout en gardant son identité forte.

Un concert de Massive Attack est une sorte de reflet de l’actualité et de l’état du monde et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il y a actuellement matière à afficher sur les écrans. Toutes les thématiques de l’actualité y passent, en premier lieu les réfugiés avec des photos et des chiffres, mais aussi Donald Trump, la loi travail El Khomri, Kanye West… Les informations se succèdent en Français, façon dépêche AFP. Même Fatima, le film de Philippe Faucon ayant gagné la veille les César est cité. Les équipes du groupe ont pris soin d’actualiser les infos à afficher le jour-même. Massive Attack n’est pas tendre avec son pays en pointant plusieurs fois du doigt les faibles actions du Royaume-Uni à l’encontre des réfugiés.

Massive_Attack_zenith_paris_2016

Se succèdent également des expressions fréquemment recherchées sur Google du type « How to mary a rich guy ? », « How to be successful ? », « Can I take an aspirine with a Xanax ? »… Hautement cyniques, ces recherches Google en disent long sur notre société accro à l’argent, aux antidépresseurs, à l’apparence, à Internet… mais nous arrachent souvent un sourire tant certaines semblent ridicules. Seul sujet quasi absent des écrans, l’écologie, dommage. Un hommage aux victimes des attentats du 13 novembre a aussi été rendu. Le groupe a quitté la scène plongée dans le noir quelques instants pendant que les noms des victimes défilaient.

J’ai appris en sortant du concert que leur show de la veille avait été un fiasco à cause de problèmes de sons, entraînant une colère du groupe. J’ai lu beaucoup de critiques négatives à leur encontre. Visiblement tous les journalistes étaient présents le vendredi. J’ai été étonnée et déçue de ces retours et je me dois de rétablir la vérité car samedi soir nous avons assisté à un concert exceptionnel, sans fausse note et d’une grande générosité, mon meilleur concert du groupe.

Ils ont joué pendant 2 heures et une formidable ambiance entre le public, très enthousiaste, et le groupe, qui semblait très heureux de cet accueil, régnait. Je craignais qu’ils ne jouent plus leurs vieux tubes des années 90 mais au contraire, ils ont interprété des chansons de tous leurs albums, pour le plus grand plaisir des fans qui nous entouraient et connaissaient les paroles par cœur (encore mieux que moi!). Emotions particulières pendant les cultissimes Angel, Teardrop et Safe From Harm. Horace Andy, la voix la plus singulière des chansons de Massive Attack, a recueilli un accueil très chaleureux du public. Il y a eu de très beaux moments émouvants pendant ce concert, trop de bonheur pour mon petit cœur ! Les Young Fathers ont clos le show en beauté en interprétant Voodoo in My Blood et d’autres titres inédits. J’ai maintenant hâte de découvrir l’album, qui n’a pas encore de date de sortie je crois.

Massive_Attack_zenith_paris_2016_angelHorace Andy au centre interprétant Angel

Cet article est très long, bravo si vous êtes arrivés au bout, mais on ne résume pas 15 ans d’amour en 15 lignes ! C’est avec Massive Attack que j’entretiens ma plus longue histoire d’amour musicale et elle méritait bien qu’on s’y attarde un peu. N’hésitez pas à vous replonger dans leur discographie, il n’y a rien à jeter, tout est délicieux.

Je dédie cet article à mon cher ami Antoine qui nous a quitté à l’aube ses 30 ans et à qui je pense souvent, notamment samedi soir dernier.


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