Mon premier Festival de Cannes

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 Alors Cannes c’était comment ?

A autant de personnes vous poseriez cette question, autant de réponses variées vous obtiendriez.

Car il y a le Festival de Cannes…

… du lycéen option cinéma qui est venu avec sa classe et son professeur. Il passe la moitié de sa journée dans les files d’attente et l’autre à s’émerveiller devant des films en rêvant à sa future carrière cinématographique.

… de la it-girl invitée à Cannes par une marque pour une soirée. Elle n’en retient que la montée des marches et les stars croisées sans même évoquer le film qu’elle y a vu.

… du journaliste d’une petite chaîne de télévision étrangère qui rêve de Cannes depuis longtemps et réalise sur place le nombre démesuré de confrères qui compromettent ses interviews exclusives avec les plus grands réalisateurs.

… du critique ciné que Cannes n’amuse plus vraiment mais qui se lève tôt chaque matin pour avaler 5 ou 6 films dont il ne voit rarement la fin mais sur lesquels il devra pondre un papier à la fin de la journée.

Et il y a mon festival de Cannes, celui d’une cinéphile venue pour le plaisir de voir des films, qui déambule dans cette jungle et tente de s’y frayer un chemin. Car tout est compliqué à Cannes, même avec une jolie accréditation autour du cou, il n’est pas toujours simple de voir les films que l’on souhaite, surtout ceux en compétition officielle. Il y a en fait plusieurs types d’accréditations, un peu comme les ceintures au judo. Les journalistes sont ceinture noire et moi j’étais ceinture jaune, autant vous dire que je n’ai pas gagné tous mes combats face aux videurs des salles obscures « Non mademoiselle, ça ne va pas être possible avec votre accred, il vous faut une invitation ». Se faire refouler d’une salle de ciné, qui projettera finalement un film devant une salle à moitié vide, it happens only in Cannes

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Le Miramar où sont projetés les films en compétition pour la Semaine de la Critique.

Mais il y a tellement de projections à Cannes qu’on parvient toujours à voir au moins 2 à 3 films par jour. Il n’y a pas que les films en compétition officielle, il y a aussi les sélections:

Un Certain Regard

La Quinzaine des Réalisateurs

La Semaine de la Critique

Les films hors compétition

Les courts-métrages de la Cinéfondation

Cannes Classics qui projette des vieux films cultes

Les films de l’ACID (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion)

Le cinéma de la plage

Sur les 5 jours passés à Cannes, j’ai vu une bonne dizaine de films et 4 court-métrages. Le Festival est l’occasion de voir des films étrangers. J’ai vu un film argentin, danois, italien, grec, chinois, québécois et plusieurs films français mais aucun film américain. Je ne vais pas vous les détailler car certains ne sortiront jamais en France ou seulement dans 6 à 9 mois.

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festival_de_cannes_2014_marches_2Les marches, le matin.

Et les fameuses marches?
Oui, j’ai eu la chance de « les monter » deux fois. C’était en journée donc pas de horde de photographes ni de fans massés autour des barrières. Mais je ne pense casser aucun mythe en vous dévoilant que ce qui est intéressant ce ne sont pas les marches mais le Grand Théâtre Lumière qui est en haut et les films qui y sont projetés. C’est l’immense salle (2000 places) où se déroulent les cérémonies d’ouverture et de clôture, la projection des films en compétition officielle et certains films hors compétition. On y entre uniquement grâce à une invitation sur laquelle figure un numéro de siège. J’étais placée en corbeille pour les deux films que j’ai vus, c’était idéal, la salle est très pentue, l’écran est gigantesque, les sièges sont très confortables… C’est probablement une des plus belles salles de cinéma au monde et rien que pour y voir un film, cela vaut le coup de faire le déplacement jusqu’à Cannes.
Et puis les deux films que j’y ai vu étaient magnifiques.

Gui Lai de Zhang Yimou
Le film sortira sous le titre Coming Home le 10 décembre 2014.

Zhang Yimou est un réalisateur chinois qui a été de nombreuses fois nommés et récompensés pour ses films Le secret des poignards volants, Hero, Pas un de moins, Shanghai Triad, Vivre !, Épouses et concubines… Il est marié à l’actrice Gong Li qu’il a fait joué dans plusieurs de ses films dont Coming Home.

Coming Home c’est l’histoire d’un couple dont le mari, Lu Yanshi a été fait prisonnier politique pendant 15 ans lors de Révolution Culturelle en Chine. Sa femme (jouée par Gong Li) attend son retour chaque jour. A sa libération, Lu Yanshi rentre chez lui espérant reprendre sa vie auprès de sa femme et de sa fille qu’il n’a pas vu grandir. Mais il découvre que sa femme ne le reconnait pas, a des troubles de la mémoire et des comportements étranges. Lu Yanshi, aidé de sa fille, usent de stratagèmes pour stimuler sa mémoire en ravivant de lointains souvenirs.
Le film est très beau, émouvant et admirablement interprété.

Coming_home_zhang_yimouLe réalisateur Zhang Yimou entouré des 2 actrices du film, Gong Li à droite. © DOMINIQUE JACOVIDES / BESTIMAGE

Mommy de Xavier Dolan

Ceci n’est PAS un spoiler, juste quelques lignes pour vous donner envie de le voir. Le film sort le 8 octobre 2014.

Mommy était le film que j’attendais le plus (cf mon article de fin avril) et j’ai eu la chance d’obtenir une invitation pour sa première projection à midi, le 22 mai. Une semaine avant le festival, j’avais profité des projections spéciales des films de Xavier Dolan par le MK2 Hautefeuille pour voir J’ai tué ma mère, son premier film sorti en 2009, le seul de ses 4 films que je n’avais pas vu.

Des analogies existent entre les deux films, une relation mère / adolescent difficile, l’actrice Anne Dorval qui interprète la mère dans les deux films et Suzanne Clément qui joue le second rôle. Mais Mommy est un film beaucoup plus profond et complexe que J’ai tué ma mère, qui faisait écho à l’adolescence rebelle de Xavier Dolan, dans lequel il campait plus ou moins son propre rôle. Xavier Dolan ne joue pas dans Mommy et c’est sans doute le film pour lequel le réalisateur a le moins puisé dans son expérience personnelle, mis à part les décors puisque le film a été tourné dans son quartier d’enfance. On ne retrouve pas les sujets récurrents chez le réalisateur, l’homosexualité et les relations amoureuses compliquées.

mommy_cannes_dolanXavier Dolan entouré des acteurs de Mommy – © commeaucinema.com

Mommy est l’histoire d’une femme excentrique (Anne Dorval), veuve et vivant seule, dont le fils adolescent (Antoine-Olivier Pilon) atteint de TDAH (trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité) est placé dans un centre spécialisé. La vie de la mère est bouleversée quand son fils, renvoyé du centre, revient vivre à la maison. La mère, malgré l’amour qu’elle lui porte, a beaucoup de mal à faire face aux crises violentes de son fils. Un certain équilibre se crée entre la mère et son fils lorsque Kyla (Suzanne Clément), la voisine d’en face, leur vient en aide et entreprend de donner des cours particuliers à l’adolescent qui ne peut pas aller à l’école. Un espoir semble alors naître.

Lors de la projection dans un Grand Théâtre Lumière plein à craquer, une émotion mêlée d’enthousiasme étaient palpables dans le public. Je suis sortie de la projection sonnée, sentiment étrange pour clôturer mon Festival de Cannes; je rentrais à Paris juste après. Sonnée mais encore une fois impressionnée par le talent de Xavier Dolan qui arrive à nous faire rire et à nous émouvoir l’instant d’après.

Grand talent de Xavier Dolan pour l’écriture de dialogues très percutants tantôt incisifs, drôles puis bouleversants. Les sous-titres sont plus que jamais indispensables avec les nombreuses expressions québécoises totalement incompréhensibles. A Cannes, le film était sous-titré en français et en anglais sur un petit écran ajouté en-dessous.

Grand talent de Xavier Dolan pour l’écriture de ses personnages profonds et complexes. Dérangeants ou déroutants au premier abord, les personnages révèlent ensuite toute leur puissance et deviennent attendrissants malgré leurs travers. Les acteurs, comme toujours dans les films de Xavier Dolan, sont justes et émouvants. Anne Dorval aurait mérité un prix d’interprétation. On réalise l’étendue de son jeu ici où son personnage de mère est aux antipodes de celui dans J’ai tué ma mère.

Si Mommy est le film le plus aboutit de Xavier Dolan, sa patte et son style sont toujours présents: des ralentis, les personnages filmés de dos, une lumière très travaillée, une musique omniprésente mais utilisée de manière un peu différente ici, davantage intégrée à l’histoire et moins ajoutée aux images. On a beaucoup parlé de son choix atypique de cadre, un format 1.1 qui est un format carré. Assez perturbant et oppressant au début, on s’habitue ensuite à ce format qui met les personnages au cœur de l’image en effaçant l’arrière-plan.

La projection s’en est suivie d’une pluie d’éloges qui n’a cessé jusqu’à la cérémonie de clôture où il était annoncé gagnant par une presse dithyrambique. Il a finalement remporté le prix du Jury ex-æquo avec le film controversé Adieu au langage de Jean-Luc Godard. Son discours émouvant et « plein d’espoir » a été remarqué. Certains le disent déçu, moi je me dis qu’il n’a que 25 ans et tout le temps pour nous offrir des chefs d’œuvre, récompensés un jour, j’en suis sûre, par la récompense suprême.

festival_de_cannes_2014_palmeCrédit: AFP

Rappel du palmarès du 67ème Festival de Cannes

Palme d’Or à Nuri Bilge Ceylan pour Winter Sleep, sortie le 6 août 2014

Grand Prix à Alice Rochvacher pour Le Meraviglie (Les Merveilles), sortie le 8 octobre 2014

Prix de la mise en scène à Benett Miller pour Foxcatcher, sortie le 21 janvier 2015

Prix du Jury à Mommy de Xavier Dolan, sortie le 8 octobre 2014, et Adieu au langage de Jean-Luc Godard, actuellement en salle

Prix du scénario à Andreï Zviaguintsev et Oleg Negin pour Leviathan, sortie le 24 septembre 2014

Prix d’interprétation féminine à Julianne Moore dans Maps to the stars de David Cronenberg, actuellement en salle

Prix d’interprétation masculine à Timothy Spall dans Mr. Turner de Mike Leigh, sortie en octobre

 

En conclusion, ces 5 jours à Cannes m’ont permis de voir de très beaux films, aussi bien en compétition officielle que dans les autres sélections. Je vous en reparlerai lorsqu’ils sortiront. Cela n’a fait qu’exacerber ma passion pour le 7ème art car plus on voit de films, plus on veut en voir et c’est une ressource quasi inépuisable, même si les très bons films restent rares malgré tout. Être entourée de tous ces « gens du cinéma » m’a impressionnée, Thierry Frémaux, les réalisateurs et acteurs présents lors des projections… C’est une ambiance à part, ça vaut le coup de le vivre une fois. Je tiens d’ailleurs à remercier Nicolas B. qui m’a permis de vivre cette belle expérience.

Ah oui j’allais oublier, Cannes c’est aussi le soleil, les palmiers, la plage, les yachts… mais aussi les orages, la pluie, le vent, la foule, les robes trop courtes, les jambes blanches (les miennes) et les jambes trop bronzées, les maquillages vulgaires, les sandwiches et cafés avalés entre deux projections…

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