Party Girl et Sils Maria, deux portraits de femmes qui illuminent la rentrée

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Le mois d’août a été riche en jolies sorties ciné, entre autres le sublime Winter Sleep, film turc vainqueur de la palme d’or, non soporifique malgré ses 3h15 et son rythme assez lent.

Mais cette fin d’été est surtout marquée par deux films français portés par des actrices merveilleuses, Sils Maria avec Juliette Binoche et Party Girl avec Angélique Litzenburger. Les deux films ont été présentés à Cannes, Sils Maria d’Olivier Assayas en Compétition Officielle et Party Girl des trois jeunes réalisateurs Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis à un Certain Regard. Party Girl a remporté le prix Un Certain Regard et la Caméra d’Or (meilleur premier film). C’est un très beau film pour lequel j’ai eu un gros coup de cœur.

Loger dans une petite chambre, à côté de ses copines,
Se faire belle chaque soir avant de sortir, maquillage appuyé et tenue sexy,
Rire, danser, boire beaucoup, aguicher des hommes,
Se coucher au lever du jour, boire beaucoup de café…
C’est le quotidien d’Angélique, 60 ans.
Entraineuse dans un cabaret à la frontière allemande, elle loge juste au-dessus de son lieu de travail. Le cabaret c’est sa vie, sa famille. Elle a toujours fait ça, ici et ailleurs. Se ranger, avoir une vie normale, Angélique, pourtant mère de 4 enfants, n’y a sans doute jamais pensé. Elle aime trop cette vie de paillettes, de fête et de rencontres. Cependant, un évènement inattendu va la faire basculer dans le monde normal : la déclaration d’amour de Michel. Client habitué du cabaret, il n’a d’yeux que pour Angélique. Mais las de devoir payer des bouteilles de champagne pour passer quelques instants avec elle, il ne veut plus venir au cabaret. Il veut voir Angélique au grand jour, passer plus de temps avec elle, tout faire avec elle, « comme un couple », et même l’épouser. Accepter cet amour, c’est renoncer à sa vie au cabaret qu’elle aime tant. C’est pourtant ce que fait Angélique, sans vraiment réfléchir, comme si elle avait attendu toute sa vie qu’un prince charmant ne la libère des antres de la nuit.

party_girl © Pyramide Distribution

Dans Sils Maria, Juliette Binoche joue Maria Enders, une célèbre actrice qui a rencontré le succès à 18 ans grâce à son rôle de Sigrid dans la pièce Maloja Snake. Vingt après, on lui propose de rejouer dans cette pièce en endossant le rôle d’Hélèna, femme mûre dont l’amour impossible pour la jeune et tumultueuse Sigrid la poussera au suicide. Après beaucoup d’hésitations et malgré ses réticences à jouer ce personnage qu’elle n’aime guère, Maria accepte le rôle.

sils_maria © Pallas Film / NFP Carole Bethuel

A première vue, les deux héroïnes n’ont rien en commun, Maria est une star internationale, convoitée par des hommes riches et célèbres et Angélique évolue dans un milieu modeste, à Forbach, et fait tourner la tête de Michel, un mineur à la retraite.

Mais les deux films dressent le portrait de femmes charismatiques, intrigantes, indépendantes, et à un tournant de leur vie. Elles viennent de prendre une décision importante mais sont désormais rongées par les doutes.

Ont-elles fait le bon choix ?
Celui d’accepter ce rôle empoisonné, au prix de sacrifices et d’un travail douloureux.
Celui d’accepter le mariage et une vie rangée, au prix d’une certaine liberté.

Maria et Angélique sont tiraillées entre ce qu’elles ont vraiment envie de faire et ce qui est bon pour elles, ce qu’on attend d’elles. Le choix du cœur contre celui de la raison.

Formidable tremplin pour sa carrière, il est plus raisonnable pour Maria d’accepter le rôle dans Majola Snake que de le refuser. Les enfants d’Angélique semblent soulagés lorsqu’ils apprennent qu’elle va couler des jours heureux auprès d’un homme sérieux et aimant. Ce mariage est d’ailleurs l’occasion pour Angélique de se rapprocher de sa famille, de ses enfants pour qui elle n’a pas toujours été présente. Le mariage est davantage un choix de raison qu’un véritable conte de fée. Si elle y a pourtant cru au départ, lors de la demande de Michel, Angélique est vite rattrapée par la réalité, la routine du foyer et la compagnie d’un homme qu’elle connaît à peine.

Ce n’est pas l’envie qui leur manque mais Maria et Angélique ont atteint cet âge de la maturité où on ne peut décemment plus envoyer valser ce qui ne va pas. Elles doivent avant tout penser à leur avenir, à leur entourage et mettre de côté leurs sentiments et frustrations.

angelique_litzenburger_juliette_binoche              © Pyramide Films                                                                                © Carole Bethuel

 

Ces deux portraits de femmes sont très émouvants, notamment lorsque l’on sait que l’histoire et le passé des deux actrices se mêlent à la fiction. Party Girl est très largement inspiré de la vie d’Angélique Litzenburger et ses enfants jouent leur propre rôle dans le film. Samuel Theis, un des trois réalisateurs n’est autre que le fils d’Angélique, comme dans le film. Par ailleurs, on peut imaginer que Juliette Binoche a puisé dans sa propre expérience d’actrice pour incarner Maria Enders. Peut-être a-t-elle aussi un jour été en proie à des doutes face à un rôle, un réalisateur ?

En conclusion, je vous invite à découvrir ces deux films, ne serait-ce que pour la prestation de leur actrice principale. Party Girl m’a beaucoup émue, c’est un film magnifique. Tous les acteurs sont formidables et pourtant la majorité d’entre eux n’avait jamais joué avant. Angélique, cette beauté fardée et fanée par un abus de nuits blanches, d’alcool et de cigarettes, est bouleversante, ambivalente aussi. Son look et son caractère extravertis au cabaret laissent place à une profonde sensibilité et pudeur dans l’intimité, femme fatale et déterminée la nuit, femme-enfant naïve et indécise le jour. Quelque chose d’à la fois très réel et poétique ressort du film, un conte de fée sur fond brut de classe populaire, une histoire d’amour, de famille, des moments drôles, d’autres cruels, et cet accent de l’est si singulier qui ajoute un je-ne-sais-quoi de charmant au film.


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