Portrait : Jennifer Maria, comédienne

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J’inaugure une nouvelle rubrique dans le blog « Portrait », dans laquelle je vous présente de jeunes artistes, des personnalités riches et atypiques. Je suis très curieuse de leur poser mille questions et de vous dévoiler leur univers.

Mon premier portrait est dédié à Jennifer Maria. Elle habite à Paris, a 30 ans dans quelques jours et entame une carrière dans le cinéma et le théâtre.

Son parcours est un peu atypique car elle s’est lancée dans le théâtre il y a seulement 3 ans, où elle a plaqué la vie en entreprise pour intégrer le cours Florent. Elle a déjà fait son petit bonhomme de chemin puisqu’elle est actuellement au cinéma. Elle joue dans le Cœur des hommes 3 de Marc Esposito dans lequel elle a un 3ème rôle au côté du brillant Eric Elsmosnino.

Mais son actualité brûlante se situe du côté du théâtre. Elle a créé il y a 6 mois une compagnie nommée Robert aime Jocelyne et prépare 5 représentations du 26 au 30 novembre au théâtre de Ménilmontant à Paris. Elle a mis en scène la pièce Love and Money de Dennis Kelly et y joue aux côtés de 6 jeunes comédiens. J’ai hâte de la découvrir dans cette pièce et je vous invite vivement à en faire autant. La façon dont elle en parle plus bas devrait vous convaincre de vous déplacer à Ménilmontant.

Dans cette entrevue, nous évoquons ses premiers pas au cinéma, sa pièce, son travail avec les comédiens et ses rêves avec sa compagnie de théâtre.

Jennifer, tu es actuellement au cinéma pour ton premier film, le Cœur des hommes 3. Comment s’est passée cette première expérience de tournage ?

Comme c’était mon premier film et que j’avais peur, j’ai eu la chance de pouvoir assister à quelques scènes avant de tourner la mienne, pour voir comment se passait le tournage. Par exemple la scène dans la Tour d’argent, j’y suis allée. Pour ma scène, j’avais rendez-vous à 9h le matin dans le 14ème. Et là c’est drôle car dans la rue, il y a toute une organisation, avec plusieurs caravanes, des loges… Donc à mon arrivée, j’ai enfilé ma tenue, une culotte et un débardeur car ma scène se passe dans un lit ! Puis j’ai été maquillée et coiffée. D’ailleurs, je tiens vraiment à saluer l’humanité et la générosité de toute l’équipe, que ce soit les techniciens, la maquilleuse ou la coiffeuse. Ils ont tous été aux petits soins avec moi car ils savaient que c’était mon premier tournage. Et à posteriori, je me suis rendue compte que j’avais une loge mais je ne voulais pas y aller. J’étais tellement paniquée à l’idée de tourner que je suis restée là où on se maquille, je ne voulais surtout pas être seule.

Dans le film, ton personnage est la petite amie d’Eric Elmosnino. Étais-tu impressionnée, pour ton premier film, de jouer face à un « grand acteur » ?

J’ai eu la chance de tourner avec quelqu’un dont j’aimais beaucoup le travail. Un an avant je l’avais vu au théâtre dans une pièce de Feydeau On purge bébé, mise en scène par Alain Françon. C’est un comédien de très grand talent. Quand je repense à cette scène, ce qui est très impressionnant, c’est de passer de la théorie, à la réalité. Il y a un mythe qui se crée autour du plateau de cinéma et là je le vivais enfin de l’intérieur et tout ce dont on s’était parlé, c’était là. Mais c’était court. Quand c’est la première fois, t’as tellement envie de bien faire, que t’es au taquet sur ton texte et puis en fait ça roule. Je suis une acharnée du travail, je suis une grande minutieuse, j’étais prête, à jouer, à incarner, vivre quelque chose à un instant et y croire à fond. Il y a quelque chose de vraiment addictif dans tout ça… Et au théâtre, c’est encore plus fort, car en direct, t’as la réaction de ce sur quoi tu as travaillé pendant 3 mois, des trucs sur lesquels tu t’es posée des questions et où tu ne savais pas si ça allait fonctionner.

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Avec ta compagnie, tu as joué une petite dizaine de représentations de la pièce Love and Money. Qu’est-ce-qui est différent et qui te plaît lorsque tu joues au théâtre ?

Je n’ai pas encore une grande expérience mais humblement je dirais que l’instantanéité du théâtre, le jeu sans filet qui dure 1h30 quoiqu’il arrive, me fascine. Par exemple, si une scène ne prend pas et qu’il reste encore 10 minutes à tenir, il faut courageusement t’armer, continuer, et te dire c’est pas grave. Puis soudainement, il y a un vrai moment de grâce qui surgit. Et là, c’est indescriptible, c’est pour ces moments de grâce qu’un comédien joue, enfin je crois. Tous les soirs c’est une nouvelle création, c’est très exaltant. Par exemple, je demande à mes comédiens que tous les soirs, il y ait une surprise pour son partenaire, ça crée de la tension, de l’écoute, du nouveau.

Vous avez joué en juillet à Fréjus, dans le cadre du festival de théâtre Les Nuits Auréliennes. Raconte-nous cette expérience.

Nous jouions en plein-air dans les lieux historiques de la ville. Le plateau était adossé à la cathédrale de Fréjus. On a dû faire avec le clocher qui sonnait toutes les demi-heures. A Fréjus, on n’a pas pu jouer avec les lumières car nous n’en avions pas. Quelques changements de mise en scène ont dû être opérés. Un soir, nous étions prévus à 21h15 et on nous a proposé de rajouter le créneau de 19h en remplacement d’un groupe de gospel qui avait dû annuler. On a joué devant un public qui était donc venu voir du gospel et non du théâtre. Sur les 70 personnes, nous étions surpris que seulement 4 soient partis et avons reçu un accueil très chaleureux. Alors que, ce même soir, on a joué par un vent force 8, qui nous avait poussé à faire de gros changements de mise en scène. Les scénographes, Andréa Baglione et Maxime Chudeau, des étudiants formidables des arts décoratifs de Strasbourg, avaient pensé à utiliser des sacs de sable pour stabiliser notre décor qui s’envolait. Cette soirée c’était un peu le baptême de feu pour mes comédiens. On s’est tous serrés les coudes et on voulait tellement jouer pour le public venu nous voir que la magie a opéré.

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Tu dis « mes comédiens »…

Oui je dis « mes comédiens » mais ils ne m’appartiennent pas bien sûr, c’est une expression très affectueuse. Je suis très respectueuse de leur travail et de ce qu’ils donnent pour le projet. J’ai rencontré mes comédiens au cours Florent, je les avais vus travailler sur le plateau. J’ai une histoire de travail très particulière avec chacun d’entre eux. Love and Money c’est notre premier spectacle mais l’objectif c’est d’en créer d’autres, de faire évoluer la troupe. Au mois de mai, nous partons à Lisbonne pour quelques représentations. Nous avons aussi un projet de court-métrage car dans l’équipe nous avons des personnes qui écrivent très bien et qui font de la réalisation.

J’aimerais que l’on aborde la pièce en elle-même, Love and Money écrite en 2006 par l’auteur anglais Dennis Kelly. Comment l’as-tu découverte et pourquoi l’as-tu choisie ?

J’ai découvert la pièce car j’ai travaillé certaines scènes au cours Florent. Ce sont des dialogues qui fusent, qui vont très vite, c’est très rythmé, ce sont des bouts de phrases qui s’entremêlent, on ne s’ennuie pas du tout. C’est très British, l’humour est acide, c’est vraiment cruel. Le texte nous touche de très près, parle de notre société ; il résonnait très fort en moi, j’ai eu rapidement envie de le monter.  C’est l’histoire d’un jeune couple, qui galère, qui a des crédits de tous les côtés mais qui essaie de s’en sortir. David, prof à la base, va devoir changer de métier pour sa femme, dépensière et complètement accro au shopping. Un soir, il rentre chez lui. Sa femme est en train de faire une tentative de suicide, il ne la sauve pas ; on se demande pourquoi. C’est un genre de polar où pendant 1h15, à rebours, on essaie de comprendre ce qu’il s’est passé pour en arriver là. La magie de Dennis Kelly, l’auteur, c’est de traiter les thèmes de l’argent et l’amour avec des situations absurdes et drôles. Ce texte nous pousse dans nos retranchements les plus extrêmes. Mais tous les thèmes sont abordés avec humour et décalage. C’est un univers assez barré qui mélange théâtre, musique, chant et danse.

Qu’est-ce qui t’as demandé le plus de travail sur cette pièce ?

Le texte. C’est un texte contemporain qui a une véritable réflexion sociologique et économique sur ce que nous sommes aujourd’hui et quelles sont les conséquences de notre société de consommation. J’ai eu un gros travail de compréhension du texte, il faut que ça décante. Qu’est-ce que l’auteur a voulu dire ? Quels sont les objectifs de scène ? C’est un travail très long, j’ai fait beaucoup de recherches, des expos, vu des documentaires, comme celui sur la finance de Charles Ferguson, Inside Job. Mon inspiration s’est nourrie de films comme The Social Network, ou Benny’s video de Haneke. C’est aussi une source importante d’inspiration pour le travail des comédiens. Il y a une orientation du metteur en scène mais le sublime vient du comédien qui apporte autre chose à nos idées de base et qu’ensemble nous transformons, créons et défaisons. Mais j’ai aussi beaucoup travaillé avec les scénographes pour les décors et tout l’univers musical.

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Pour finir, quelles sont tes ambitions et tes rêves avec ta compagnie ?

Notre objectif est de continuer à explorer et questionner l’univers du spectacle vivant avec tout ce qu’il comporte, être sans limite dans la création, en gardant en tête que tout est possible. Que ce soit avec des textes contemporains, comme avec des grands textes classiques. J’adorerais aussi délocaliser le théâtre, par exemple jouer dans des lieux inattendus ou pourquoi pas dans des sites abandonnés qui tombent en ruine pour les transformer en lieux de créations, comme Peter Brook d’ailleurs l’a fait avec les Bouffes du Nord ! Même si aujourd’hui, cela parait très ambitieux.

Mais mon rêve c’est de faire entendre des textes, de faire réfléchir, de questionner le monde qui nous entoure, de parler de nous le plus véritablement possible, avec tous les paradoxes que cela comporte; tout en gardant une part de divertissement, d’émerveillement et de rire. Je suis un peu une enfant qui aime être émerveillée quand elle va au théâtre. Et ainsi j’adore associer le théâtre, au chant, à la musique, à la danse, à la peinture, au clown et à toutes autres formes artistiques du spectacle vivant. J’aime l’incroyable au théâtre, l’inattendu, le curieux, le déroutant et l’émouvant.

Pour Love and Money, nous avons travaillé avec des scénographes qui étaient aussi musiciens, vidéastes et qui dessinaient beaucoup. Chez les comédiens, certains chantaient, d’autres faisaient de la guitare ou de la percu et je voulais travailler avec toutes ces qualités. Nous les avons exploitées le plus possible, au service du texte.

Nous avons envie de faire du théâtre que nous aimons voir, c’est à dire vivant, déroutant, surprenant, dérangeant, drôle, captivant, troublant, qui nous touche, qui nous parle et dont on se souvient. C’est une chance inouïe de réussir à vivre de sa passion, nous œuvrons pour ne pas « gaspiller » cette chance, en créant constamment, en jouant, en écrivant, en parlant le plus sincèrement possible à notre public. On ne triche pas.  Mon rêve, c’est de continuer de créer, écrire, jouer et peu importe le contexte, avec cette même joie, ce même amour et la passion. Nous avons coutume de dire que Robert aime Jocelyne c’est faire du théâtre très sérieusement, sans jamais se prendre au sérieux. Le rire est notre aspirine à nous !

Ce sera le mot de la fin, merci Jenn.

La pièce se joue du mardi 26 au samedi 30 novembre. Je serai à la représentation du mercredi 27 novembre. On se voit là-bas ?

Les places sont en vente sur billet réduc http://www.billetreduc.com/100475/evt.htm

M-Affiche A6 Menilmontant


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2 Responses to "Portrait : Jennifer Maria, comédienne"

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  1. Clara

    9 novembre 2013 at 0 h 41 min

    Super cette nouvelle catégorie!! Ton article est très intéressant et quel courage de tout laisser tomber pour s’essayer dans le théâtre! elle a visiblement bien fait :) je lui souhaite beaucoup de succès sur les planches et sur grand écran!

    • Joce My je ne sais quoi

      9 novembre 2013 at 0 h 49 min

      Merci :-)
      Du courage oui mais de la passion surtout. Jenn est une vraie passionnée…