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Parlons chanson française

bagarre_groupe_de_musique

Pas sûrs qu’ils se reconnaissent dans l’appellation ringarde de chanson française, pourtant les 4 groupes/artistes dont je vais vous parler aujourd’hui chantent bel et bien en français. Vous me direz, rien de très étonnant?! Pour moi si un peu car je n’ai jamais beaucoup écouté (et aimé) d’artistes actuels qui chantent en français. Et même si, bien sûr, il m’est arrivé d’en écouter (Émilie Simon, Sébastien Tellier, La Femme…), je n’en ai jamais autant écouté et découvert qu’au cours de ces derniers mois. Je n’ai pu nier l’évidence du talent de cette nouvelle génération d’artistes qui s’impose avec un mélange de textes brillamment écrits, de refrains qui claquent, de mélodies entêtantes et de musique sophistiquée, majoritairement électronique.

Rassurez-vous, je ne vais pas vous parler de Christine and the Queens, vous n’avez pas besoin de moi pour la découvrir, elle est partout, et puis je n’accroche pas trop avec sa musique. Je vais vous présenter des artistes dont on parle moins (hormis la presse musicale qui les encensent) et qui méritent pourtant la plus grande attention. Ils ont en commun d’être Français donc, d’avoir entre 25 et 30 ans, de sortir leur premier album (ou EP) en 2015 et d’être plutôt inclassables tant leurs influences sont variées.

 

flavienberger

J’ai découvert Flavien Berger un peu avant l’été grâce à cet excellent court-métrage d’animation de Céline Devaux Le repas Dominical (à voir absolument, il est pré-finaliste pour le César 2016 du meilleur court-métrage d’animation). Vincent Macaigne y prête sa voix, si reconnaissable, et Flavien Berger en a composé la musique. Puis j’ai découvert la chanson Gravité dont Céline Devaux a réalisé le clip ci-dessous (la boucle est bouclée). Au départ un peu surprise par la singularité de sa musique et de son univers, son album Léviathan est ensuite devenu la bande-son de mon été. J’aime beaucoup la poésie et le romantisme de ses textes mais aussi sa musique, faite de claviers et d’électronique. Lorsque l’on écoute Léviathan, on quitte la réalité pour faire un voyage onirique dans les fonds marins et au-delà.

 

 

Ses chansons parlent… d’idylle des abysses, de bouche d’azur, de rendez-vous manqué, d’une fête foraine dans l’océan, de voyage dans le temps, de pluie, de lune, de sous-marin, de neiges éternelles…

Il fait rimer…

Tellurique avec aquatiques dans Abyssinie
« Adieu vie tellurique
La mer avale mon cœur
Les limbes aquatiques
Effacent les plongeurs »

Extase avec vomi turquoise dans La fête noire
« Je plonge à l’envers attiré par l’extase
Un tourbillon vert illumine les sirènes
Le reflet des flambeaux dans du vomi turquoise
Le plus beau des voyages c’est la fête foraine »

Et sur scène?
Je l’avais manqué au festival We Love Green car il jouait trop tôt mais j’ai eu la chance de le découvrir dans un contexte se prêtant parfaitement à son univers aquatique, la plage de Bon Secours à Saint-Malo, le 15 août, pendant le festival La Route du Rock (oui encore, c’était la 3ème fois!). Seul sur la micro scène, accompagné d’un clavier et de quelques machines, Flavien Berger a baigné les festivaliers de ses douces mélodies. J’ai été enchantée par son concert, soleil, plage et chansons fabuleuses, un de mes plus beaux souvenirs de l’été.

Flavien Berger est en tournée en France et en concert à Paris le 14 novembre à la Cigale dans le cadre du festival des Inrocks.

 

perez

J’ai découvert Perez en août avec le titre Apocalypse que j’ai immédiatement adoré. Pourtant, Perez n’en est pas à son premier essai, il a déjà sorti 3 EP avant son album Saltos. Mais comment ai-je pu passer à côté ? Sans doute trop occupée à écouter des vieux trucs des années 80 (j’étais bloquée dans une phase Bowie/ New Order / The Smiths /Kraftwerk l’hiver dernier). Et c’est justement ce qui me plaît beaucoup chez Perez, ses synthés et sa forte influence 80’s, on entend par exemple des réminiscences de Depeche Mode dans Apocalypse. Côté français, ses inspirations vont de Christophe à Alain Bashung et Gérard Manset et sa voix grave qu’il fait varier selon les titres, tantôt chantés, tantôt parlés, n’est pas sans rappeler celle d’Étienne Daho. Mais au-delà des inspirations multiples qu’on lui prête et celles qu’il revendique volontiers, Perez a bel et bien sa pâte, sa recette magique qui font de ses chansons des pépites, des tubes très efficaces, dansants ou mélancoliques. Son talent d’écriture est indéniable, notamment pour les refrains, entêtants, qui ne me quittent pas depuis quelques semaines. Musicalement, l’album est très riche, varié et sophistiqué. Cet album Saltos est finalement un condensé de tout ce que j’aime, un énorme coup de cœur, une de mes plus belles découvertes depuis longtemps.

 

Ses chansons parlent… de station balnéaire, de fin du monde, de rupture amoureuse, de rock stars aux sapes bizarres et air hagard, d’un type qui rôde pour 3 fois rien d’émeraude, d’un amour si fort qu’il fait se transformer en chaise de bar (dans la sublime Une autre fois)…

Il fait rimer…

Bassin avec assassin dans Gamine
« J’imagine
La forme de tes seins
Ton regard musé
Ton poids sur mon bassin
J’imagine
La chaleur de ta main
Posée contre ma joue
Tes baisers assassins »

Téléphone avec cramponne dans Le Bar des Musées
« Quand j’entends ta voix, au téléphone
Ça me rend malade, faut que j’me cramponne
Ça emporte tout, ça m’use, ça m’sonne
Quand j’entends ta voix, au téléphone,
Je frémis, je tremble, faut que j’me raisonne,
Ça emporte tout, je n’suis plus personne »

 Et sur scène?
Je vous raconterai bientôt car je vais le voir à la Maroquinerie le 2 novembre. Venez, il reste des places!

 

bagarre

Et voici mon groupe chouchou de la rentrée, découvert grâce aux Inrocks qui ne tarissent pas d’éloges sur ces cinq parisiens d’à peine 25 ans. En quelques minutes d’écoute, j’ai été convaincue, autant par leur musique, que par leurs textes et leur flow. J’ai commencé par Le gouffre puis j’ai tout écouté dans la foulée, puis tout trois fois de suite et quelques jours après j’ai acheté ma place pour leur concert au Badaboum. Bagarre c’est 4 garçons et une fille, allure normcore, vêtus de vestes de survêts Adidas vintage et grosses chaînes en argent autour du cou. Oui ils sont un peu badass les Bagarre, ils scandent leurs textes sombres et affutés sur de la musique pop, orientale, électro, ils rappent aussi, comme dans Ris Pas ci-dessous, bref ils sont inclassables. Avec un mini budget et 2 bouts de ficelle (et un rouleau de scotch), ils font des clips simples et efficaces où chacun chante face caméra en plan séquence. Ils sont jeunes mais ils ont plein d’idées, beaucoup de talent et une énergie folle. Comment ne pas avoir envie de danser et de chanter en écoutant leur musique ?

 

Leurs chansons parlent… d’amour sur le dancefloor, de Paris en éclat, d’un gouffre qui sent le soufre, d’asphalte, de bouche à bouche, de gomina, de ping pong, d’un garçon qui aime les claques…

Ils font rimer… Rênes avec arène dans Mourir au club
« Ce soir j’irai mourir au Club,

Brûler mes rêves au coin fumeur,
Au chant du cygne je lâche les rênes,
Mon cœur se noie au chant des subs,
Brillent les couleurs des sirènes,
Claquent les portières pile à l’heure,
J’embrasse la reine de la soirée,
Je quitte l’arène de la sueur. »

Et sur scène?
C’est le feu! Je les ai vus à la release party de leur EP Musique de Club la semaine dernière au Badaboum et le groupe a largement été à la hauteur de mes espérances en terme de performance scénique. Mais quelle énergie, Bagarre chante, danse, saute, donne tout ! Dans le public, ça chauffait et ça chantait pas mal aussi, ça pogotait même (je vous conseille le pogo en semaine, excellent remède pour ignorer la trentaine). Tour à tour, 4 des 5 membres du groupe venaient chanter au micro installé au centre la scène, comme une sorte de battle, accompagnés des autres en chœur, qui se relayaient aux différents claviers et machines. Seul le blondinet est resté cloué à s’exciter derrière sa batterie, dommage il danse pourtant super bien, j’aurais bien aimé le voir refaire son parfait pas de danse, à voir ci-dessous (c’était la chanson d’intro du concert).

 

foreverpavot

J’ai découvert Forever Pavot en août grâce à la compilation qu’édite chaque année la Route du Rock avant le festival. Alors que le groupe devait jouer sur la plage le 14 août, la météo capricieuse de Saint-Malo en a décidé autrement et Forever Pavot a finalement joué dans la salle de concert en centre-ville, la Nouvelle Vague. Le petit aperçu de la compilation m’avait rendue curieuse et j’ai été agréablement surprise par leur concert. Leur musique est très inspirée par le cinéma des années 70, les westerns, les bandes sons d’Ennio Morricone. Les textes, en français et en anglais sont murmurés. C’est très différent de ce que l’on a l’habitude d’entendre, à la fois rétro et rafraichissant. Je vous invite à découvrir l’étonnant album Rhapsode dont Les cigognes nénuphars est un extrait.