Xavier Dolan, retenez bien son nom !

tom_a_la_ferme1

Xavier Dolan, c’est lui, le blondinet échevelé au regard inquiet. Acteur, scénariste, réalisateur, producteur, monteur, chef costumier, ce québécois de 25 ans est le nouveau surdoué du cinéma indépendant. Son quatrième long-métrage Tom à la Ferme, dans lequel il interprète le rôle principal, vient de sortir.

J’ai découvert Xavier Dolan en août 2012 lorsque j’ai vu au cinéma Laurence Anyways, son précédent film. Melvil Poupaud y joue Laurence, un professeur de littérature. Le jour de ses 35 ans, il avoue à sa petite amie Fred, ce qui le torture depuis des années, sa volonté de devenir une femme. Malgré cela, il souhaite maintenir sa relation avec Fred, qu’il aime passionnément. Le couple tente tant bien que mal de survivre à cette révolution. Cette histoire d’amour torturée m’a bouleversée. Le couple Melvil Poupaud/Suzanne Clément est magnifique, juste, émouvant. Le film est très puissant et m’a hantée de longs jours durant.

Après le très romanesque Laurence Anyways, Xavier Dolan change de style. J’étais très curieuse de le voir expérimenter un nouveau genre, le thriller psychologique.

tom_a_la_ferme2 © Clara Palardy

Tom à la ferme est adapté de la pièce de théâtre du dramaturge québécois Michel Marc Bouchard. Tom est publicitaire à Montréal. Il se rend à la campagne pour assister aux funérailles de son petit ami Guillaume. En arrivant à la ferme de la famille de son compagnon défunt, il réalise que la mère ignore l’homosexualité de son fils et prend Tom pour un simple ami. Tom découvre aussi l’existence d’un frère, Francis, que Guillaume lui avait caché. Francis est homophobe et oblige Tom à mentir à sa mère sur la nature de la relation qu’il entretenait avec Guillaume. Tom se retrouve rapidement pris au piège du frère, très violent, et de cette ferme de laquelle il a beaucoup de mal à s’extraire.

Ce huis-clos à la ferme est aussi intrigant qu’angoissant. Le stress nous gagne dès le début du film puis un certain malaise nous envahit lorsque l’on réalise que Tom est sous l’emprise de Francis, comme atteint du syndrome de Stockholm. On ne cesse de s’interroger sur l’issue de cette relation violente et malsaine entre Tom et Francis. Le film nous tient en haleine et comporte des ruptures sous forme de scènes très drôles et inattendues, dont une incroyable scène de tango entre les deux hommes.

Conclusion : Xavier Dolan m’a encore totalement séduite. Je ne m’attendais pas à aimer à ce point le film, son sujet et son atmosphère. C’est moins esthétique et beaucoup plus brut et froid que Laurence Anyways, mais en filigrane, le même message de tolérance envers les différences (sexuelles surtout) est délivré. La mise en scène et la prestation de Xavier Dolan sont remarquables, tous comme celle des autres acteurs, Pierre-Yves Cardinal et Lise Roy.

 

L’amour et ses différentes formes, l’homosexualité sont des thèmes récurrents que Xavier Dolan traite avec beaucoup de modernité. A cela s’ajoute un certain esthétisme mis en lumière par les décors, les costumes et la musique, très symptomatiques du travail du réalisateur.

Les costumes

Si Xavier Dolan se charge du choix des costumes dans ses films, c’est sans doute parce qu’ils sont fondamentaux dans le déroulement de l’histoire. Dans Laurence Anyways, la transition vers la nouvelle vie de Laurence commence le jour où il revêt un tailleur jupe et se maquille pour aller au lycée. C’est via ce « costume de femme » que le film et la vie de Laurence basculent. De plus, l’histoire se déroulant dans les années 80, les costumes hauts en couleurs de tous les personnages permettent d’inscrire parfaitement le film dans cette époque.
Dans Tom à la ferme, lorsque Tom débarque dans la ferme en traînant sa valise dans la cour boueuse, il dénote avec le décor. Il arrive de la ville, l’allure stylée, petites lunettes rondes, perfecto en cuir noir, jean près du corps et boots. Dès le lendemain, après les funérailles, il change d’uniforme et porte des vêtements quelconques qu’on lui prête et qui tiennent chaud, pour aider au travail de la ferme. Lorsqu’il tente, à plusieurs reprises, de s’échapper de cette ferme, on comprend qu’il est sur le départ dès qu’on le voit réapparaître dans sa tenue urbaine. Deux facettes s’affrontent en lui: l’homme des villes, un peu superficiel, et l’homme des champs, plus vrai et non soucieux de son apparence.

Dans Les Amours Imaginaires, son second film, que je viens de regarder chez moi, les costumes sont moins déterminant dans l’histoire mais ils participent à l’esthétisme du film, notamment les tenues rétro que porte Marie (Monia Chokri).

Laurence_AnywaysMelvil Poupaud et Suzanne Clément dans Laurence Anyways

La musique

La musique est omniprésente dans les films de Xavier Dolan. Dans Les Amours Imaginaires et Laurence Anyways, la musique se superpose aux images à la manière d’un clip musical. On a le sentiment que le réalisateur fait une sélection parmi ses morceaux préférés et les intègre au film, ce qui n’est pas une critique car ses goûts musicaux sont très bons. La musique explique sans doute en partie pourquoi j’aime autant ses films.

Dans Tom à la ferme, Xavier Dolan a souhaité travailler différemment, s’éloigner de ses habitudes et aller là où on l’attend moins. Il a demandé au compositeur Gabriel Yared de réaliser la musique. Le résultat est franchement très réussi. La musique amplifie l’angoisse ressentie et le suspens.

Pour illustrer mon propos sur les choix musicaux de Xavier Dolan, voici l’excellent montage réalisé par Blow up, à partir de ses 3 premiers films. Cette vidéo vous donnera un bon aperçu de l’univers du réalisateur et devrait vous mettre l’eau à la bouche…

 

Tous les films de Xavier Dolan ont reçu un très bon accueil de la critique et ont été sélectionnés dans les plus grands festivals de cinéma internationaux.

J’ai tué ma mère, son premier film qu’il a réalisé en 2009 à 20 ans, a été sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes. Les Amours Imaginaires en 2010 et Laurence Anyways en 2012 étaient en compétition dans la sélection Un certain Regard au Festival de Cannes. Laurence Anyways a reçu le prix du meilleur film canadien au festival international du film de Toronto. Tom à la Ferme a reçu le prix de la critique à la Mostra de Venise en 2013.

Malgré tous ces éloges, le succès en salle reste confidentiel. Xavier Dolan a d’ailleurs avoué être amer face à l’échec au box-office de Laurence Anyways. «L’insuccès de Laurence Anyways est encore un grand chagrin pour moi. J’ai l’impression de ne pas avoir été compris».

Cet échec me déçoit et me surprend également, moi qui n’ai pas peur de qualifier son film de chef d’œuvre. Mais les choses devraient évoluer positivement pour le jeune réalisateur puisque nous venons d’apprendre que son prochain long-métrage Mommy est sélectionné pour le Festival de Cannes 2014, et en compétition officielle cette fois. Ceci le fait définitivement entrer dans la cour des grands.


Partager



2 Responses to "Xavier Dolan, retenez bien son nom !"

Add Comment
  1. Baptiste

    7 mai 2014 at 10 h 05 min

    bravo, bel article !
    ce film m’a pris à contre pied alors que j’attendais une sorte de film d’horreur. c une leçon d’ouverture d’esprit contre nos préjugés. j’espère que tu pourras voir mommy à cannes !
    a+

    • Joce My je ne sais quoi

      9 mai 2014 at 22 h 03 min

      Merci.
      Effectivement, la bande-annonce laisse imaginer un film d’horreur mais non, c’est bien un thriller psychologique. Je serai à Cannes le jour de la présentation de Mommy, le 22 donc j’espère bien pouvoir le voir.